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Catégorie : e_jumelages
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thumb 1758Convaincue que le numérique est en mesure de revitaliser l’apprentissage de la langue et d’accroître l’appétence pour l’écriture et la lecture, l’association Apréli@ a mobilisé dès 2009 son réseau interafricain de formateurs et d’enseignants en vue produire des ressources éducatives libres africaines adaptées aux besoins éducationnels africains. Son atelier international tenu en 2011 à Dakar avait produit le modèle et les 1ères ressources des e-jumelages éducatifs. Ceux-ci permettent à des classes distantes d’échanger et collaborer en menant des activités pédagogiques et éducatives communes, chaque classe réalisant un carnet de voyage numérique chez ses partenaires.

Pour ce faire, chaque classe a besoin de solliciter la classe partenaire pour recueillir des informations ; pour y répondre au mieux, la classe sollicitée recourt à des personnes ressources diverses dans la communauté.
Pour réaliser le carnet de voyage, les élèves mènent donc de front deux types d’activité : d’une part, ils recherchent, organisent et mettent en forme des informations sur leur environnement, dont des éléments de contexte culturel, puis les envoient aux partenaires ; d’autre part, ils doivent comprendre, organiser, et mettre en forme les informations reçues de leurs partenaires, et, au besoin, demander des informations complémentaires. Tout en « faisant connaissance » avec leurs partenaires, ils produisent donc des connaissances et s’approprient des connaissances de l’Autre. Les élèves sont ainsi placés en position d’acteurs, de producteurs de savoirs, et d’ambassadeurs de leur école et de la communauté autour de l’école.
C’est ainsi qu’une classe dakaroise, e-jumelée avec une classe ivoirienne de Katiola, va élaborer une liste de questions et de demandes d’informations à ses partenaires ivoiriens en vue de pouvoir réaliser les différents chapitres de son carnet de voyage numérique à Katiola, tels que « Les fêtes de nos partenaires », « Les plats préférés de nos partenaires », « Ces petites bêtes qui embêtent tant nos partenaires ». La classe ivoirienne en faisant de même pour son produire son carnet de voyage numérique à Dakar, les deux partenaires entreprennent donc un dialogue continu, en mode synchrone et asynchrone, rythmé par les allers-retours demandes/émissions d’information, nécessaire à la réalisation de leur objectif. Chaque classe ayant besoin de la classe partenaire pour atteindre son objectif, les deux classes mettent en œuvre un pacte de travail coopératif, en vue de produire des textes qui devront être validés par leurs partenaires, en tant qu’ « amis critiques ». Cette méthode de travail leur permet d’avoir un vrai public pour apprécier les travaux qu’ils mènent normalement dans la classe, que ce soit en français, en sciences, en histoire-géographie et dans la plupart des disciplines. Les programmes scolaires restent donc bien en place, mais sont mis dans un contexte motivant qui permet à l’élève, dans un double mouvement de centration/décentration, de (re)découvrir son monde pour le faire découvrir à la classe partenaire, de découvrir la monde de la classe partenaire et peut-être de revisiter son monde à travers les yeux de la classe partenaire.
Les étapes successives de rédaction des textes étant réalisées en groupes, validées par le groupe, puis par l’ensemble de la classe, les élèves s’organisent au sein du groupe, s’entraident, se répartissent les diverses tâches liées à l’activité, avant de se mettre d’accord sur la rédaction de leur texte et son illustration.
Les résultats de l’observation de la phase-pilote, menée en 2011-2012 par des chercheurs de TESSA, ont été présentés lors de la conférence DETA en 2013. Les activités de-jumelages s’étant déroulées au cours des séquences consacrées au français, les enseignants ont souligné la manière dont les élèves avaient appris différemment et mieux, dans un climat de confiance et d’entraide. Ils ont remarqué que des élèves qui jusqu’alors n’osaient pas prendre la parole en classe se sont épanouis et participent désormais activement. (Un enseignant témoigne : « Les élèves sont très détendus lorsqu’ils pratiquent des activités d’e-jumelages ? C’est comme un jeu, ils ne montrent aucune appréhension. C’est vraiment étonnant ! Si seulement tous les apprentissages pouvaient se faire dans une telle atmosphère ! »)oncernant l’apprentissage de la langue, ils ont noté des progrès notables en expression orale et écrite, notamment pour l’usage approprié de termes lexicaux nouveaux. Les élèves avaient en effet à cœur d’envoyer à leurs partenaires des textes bien écrits, sans fautes d’orthographe, répondant bien aux demandes émises par les partenaires.
Ils ont identifié l’acquisition de compétences et d’attitudes nouvelles au nombre desquelles :
se documenter, mener des recherches et en présenter les résultats, s'organiser, travailler en groupes, écouter, exposer et justifier son point de vue, faire preuve de créativité, faire preuve de confiance en soi et d’assurance.
Ils ont remarqué que ces compétences et attitudes nouvelles s'étaient étendues à l'ensemble des temps et des activités scolaires.
Par ailleurs, ils ont témoigné de la manière dont les élèves ont développé leur curiosité et leur ouverture d’esprit, en manifestant un intérêt croissant pour les conditions scolaires, l’environnement, le mode de vie et la culture de leurs partenaires, notamment pour des activités interculturelles telles que la confection de plats à partir des recettes rédigées par leurs partenaires ou la participation à des jeux à partir des descriptions produites par les partenaires. Ils ont également apprécié le développement de l'enthousiasme des élèves et d'une émulation saine.
Les élèves ont pour leur part apprécié ces nouvelles façons de travailler en classe, en précisant qu'ils se sentaient ainsi bien plus libres de s'exprimer. Ils ont apprécié le travail collaboratif mené pour produire les documents envoyés aux partenaires. "En partageant nos connaissances, on en sait tous plus".
Les 1ers résultats de l’initiative africaine que constituent les e-jumelages éducatifs ont ainsi ouvert des pistes convaincantes d’usages pédagogiques de ressources numériques endogènes. Ils ont montré qu’en renouvelant les pratiques d'écriture et de lecture, en développant des pratiques actives et collaboratives assises sur un projet qui fait sens pour les élèves et les réunit, le numérique offre à l'école africaine l'opportunité de faire de l'écriture, de la lecture, de la littérature, des temps où chacun, au-delà de l'acquisition des savoirs, connaissances et compétences scolaires, se construit en tant que sujet actif d'un monde global et fait entendre sa voix singulière dans le concert des échanges interculturels.
Il appartient désormais aux décideurs de l’éducation d’élargir ces voies prometteuses et de soutenir la production africaine de ressources numériques d’enseignement-apprentissages les plus appropriées aux contextes et besoins, en phase avec les enjeux de développement durable du continent, en mettant à profit le riche potentiel des REL.