Il faut tout un monde pour éduquer le citoyen du village planétaire

Interview de N'GUESSAN KRA, peintre sculpteur, professeur d'Arts Plastiques au Campus Sainte Thérèse d'Ozoir La Ferrière, et chargé de cours d'Anthropologie de l'art à l'université Paris 1.

 

Apréli@ : Avec votre collègue et compatriote Fulgence Obrou NIAMBA, vous organisez une exposition à l'UNESCO du 3 au 7 février 2014 sur le thème « l'Art Pour La Paix ». Pouvez-vous nous expliquer vos objectifs, dans ce domaine habituellement réservé aux politiques ?

N. K. Au préalable, il me faut préciser que cette exposition est une initiative de Fulgence Obrou NIAMBA qui vit et travaille à Londres. C'est lui qui en a eu l'idée et je l'ai épaulé pour réunir certains artistes qui ont accepté de nous suivre dans cette aventure.
La politique ne doit pas être une exclusivité des seuls politiciens. Les artistes, acteurs culturels, sont des témoins privilégiés de leur temps. Il est à ce titre un impérieux devoir d'être des témoins actifs, ouverts sans concessions sur tous les domaines de la vie publique. La politique est l'un des domaines qui n'a jamais laissé les artistes indifférents. On pourrait citer d'illustres exemples comme Goya, Delacroix ou Picasso. Tous, ils ont dénoncé les atrocités de la guerre.

Apreli@ : Comment pensez-vous aborder le thème de la paix à travers cette exposition ?

N. K. Je pense que chaque artiste participant à l'exposition « l'Art Pour La Paix » viendra avec ses arguments. Fulgence a voulu laisser une large liberté aux artistes pour aborder ce thème.

Apreli@ : Et vous personnellement, est-il indiscret de vous demander ce qui vous a poussé à accepter de participer à cette exposition ?

N.K. Au contraire ! Il est une grande joie pour moi de vous confier mes sentiments face à cette denrée rare que constitue la Paix. D'aucuns pensent que les nombreux conflits qui ensanglantent la terre sont spécifiques à notre époque. En revenant plusieurs siècles en arrière, on constate que les guerres ne datent pas d'aujourd'hui et peuvent détruire en peu de temps ce que l'on a mis des années, voire des siècles à construire

Apreli@ : Alors, faudrait-t-il se contenter d'espérer que la raison finira par l'emporter ?
N.K. Pas du tout ! Mon Dieu ! Si l'on ne faisait rien, ce serait le suicide collectif... que dis-je... un vrai génocide. Et les effets seraient atrocement dramatiques pour tout le monde. C'est pour cela que nous les artistes, devons attirer l'attention, non seulement des décideurs, mais aussi du grand public. Il faut que nous apprenions et acceptions de vivre ensemble. Chaque citoyen sur la terre vient au monde différent des autres : couleur de la peau, couleur des cheveux, des yeux... de petite taille, moyenne ou grande, le sang qui coule dans nos veines à la même couleur. Malgré les progrès de la médecine, nous demeurons tous mortels.
Partant de ces lapalissades, nous devons être plus modestes : riches et pauvres, nous sommes tous de passage sur cette terre.
Blancs, noirs, jaunes, mulâtres... nous sommes liés par le même destin.

Apreli@ : Tout cela a été déjà dit ! Les conflits naissent, s'éteignent et renaissent. Cycle infernal, apparemment incontournable. Pensez-vous pouvoir changer le monde ?

N.K. Soyons modestes ! Nous n'avons de leçon à donner à personne. Nous voulons juste rappeler aux personnes qui viendront voir cette exposition, que certaines guerres pourraient être évitées si l'on acceptait de se parler. Malheureusement, on fait souvent le contraire. C'est lorsqu'on est fatigué de se battre qu'on accepte de se mettre autour d'une table pour échanger. Il y a un vieux président bien connu qui n'avait de cesse de crier que « le dialogue est l'arme des Hommes forts ». Malheureusement, peu de personnes l'entendaient ; il s'en est allé là où nous irons tous un jour. On s'est armé et on a fait la guerre. On a tout cassé. Il n'y avait plus rien à casser et on s'est arrêté. On essaie aujourd'hui de recoller les morceaux...
En février, notre exposition, symboliquement dans ce lieu illustre où cohabitent tous les grands penseurs de la terre, nous espérons, à travers nos créations diverses attirer l'attention du public sur ce disait Amadou HAMPÂTE BÂ « il n'y a pas de petite querelle, comme il n'y a pas de petit incendie »

Apreli@ : y aura-t-il uniquement des artistes africains à cette exposition ?

N.K. Il n'y a pas qu'en Afrique où il y a des guerres. Tous les pays du monde recherchent la paix. Même si l'initiative de cette exposition vient d'un artiste ivoirien, c'est tous les artistes du monde qui sont concernés. Il y aura donc des artistes américains, français, ghanéen, togolais, congolais, martiniquais et ivoiriens.

Interview réalisé par Geneviève Puiségur-Pouchin
A Ozoir La Ferrière le 28 novembre 2013

Voir aussi vidéo de présentation de l'évènement (2 min 14 sec)

 Appel à sponsoring : les organisateurs recherchent une société d'imprimerie ou d'édition et une compagnie aérienne qui accepteraient de prendre une part active en contribuant au financement du catalogue, ou du voyage et du transport des artistes et de leurs œuvres.
Merci de contacter Monsieur Kra N'Guessan à : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. ou +33 6 75 68 94 63