Il faut tout un monde pour éduquer le citoyen du village planétaire

La 56e Session ministérielle de la CONFEMEN tenue à Abidjan du 8 au 12 juillet 2014 sur le thème : « Éducation inclusive et de qualité pour tous : défis, priorités et perspectives pour l'après 2015 » a adopté une note d'orientation qui cadre les actions prioritaires à mettre en œuvre pour la réalisation de l'Éducation inclusive et de qualité pour tous (EIQPT).

L'une des orientations dégagées par la Conférence ministérielle vise à promouvoir des politiques transformationnelles qui sont des processus de changement en profondeur impliquant des changements de paradigme et des réformes. Il s'agira de réunir les conditions favorisant la rupture avec les systèmes éducatifs caractérisés par l'élitisme et le filtrage excessif. Prenant en compte la diversité de la demande, ces politiques transformationnelles doivent promouvoir une offre éducative diversifiée, flexible et intégrée avec une variété d'opportunités d'apprentissage formel et non-formel. Elles doivent être adaptées à une approche holistique et intersectorielle de l'éducation. L'intégration des nouvelles ressources éducatives tirées de l'innovation sociale, scientifique et technologique est un aspect important à prendre également en compte.

Il s'agira également comme orientation, de poser la qualité comme inséparable de l'équité, de la pertinence et de l'efficacité externe dans la perspective de l'éducation inclusive et de qualité pour tous. La Conférence a noté la nécessité de mieux orienter les politiques, les plans d'action et les projets d'amélioration continue de la qualité et de l'équité de l'éducation. Il devient primordial de mettre en place des dispositifs d'évaluation des apprentissages et des systèmes d'alerte permettant de partager, de façon transparente, l'information sur les performances des élèves et des enseignants, ainsi que sur les divers facteurs internes et externes qui les déterminent.

Une autre orientation consiste à s'appuyer sur la gouvernance partenariale décentralisée pour mobiliser un large engagement en faveur de la qualité et de l'équité de l'éducation. Il s'agit notamment de mobiliser les acteurs-clés (chercheurs, État, bailleurs de fonds, collectivités locales, formateurs, inspecteurs, enseignants, parents d'élèves et élèves, ONG et secteur privé) pour améliorer la qualité de l'éducation au niveau de l'école. La décentralisation et le financement direct doivent accorder une responsabilisation, des compétences et des ressources significatives ainsi que des espaces d'autonomie et de prise d'initiative et de décision aux acteurs de l'école pour pouvoir leur exiger en retour l'obligation de résultats et la reddition des comptes en toute transparence.

Accorder entre 6 et 8% du PIB au secteur de l'éducation

La Conférence ministérielle a également retenu, au titre des orientations, de situer l'école, la classe et le milieu comme lieux décisifs d'investissements et d'action où se déroulent les changements pour l'amélioration continue de la qualité. Ce qui souligne le rôle primordial des acteurs à la base. Il convient ici de mettre particulièrement l'accent sur le leadership transformationnel que peut exercer le directeur pour perfectionner l'organisation, le fonctionnement et le climat de l'école avec un impact majeur sur les attitudes, les comportements et les relations.

Financer l'éducation de base universelle étendue au premier cycle du secondaire représente également un énorme défi. Il s'agira ainsi de mobiliser des ressources suffisantes pour financer l'EIQPT. Dans cette direction, il faudra accroître de façon substantielle le financement de l'éducation en accordant au secteur entre 6 et 8% du PIB. Pour disposer de ressources additionnelles, il est jugé indispensable, la mobilisation des efforts des partenaires internes et externes et la recherche de financements innovants. Il s'agira , en plus, de veiller à allouer et à utiliser plus efficacement et plus équitablement les ressources, d'accroître l'efficience de leur gestion, de mieux les cibler sur l'équité et la qualité de l'éducation et de lutter fermement contre toutes les sources de gaspillage et de corruption pour tirer un meilleur parti des ressources disponibles.

La Conférence reconnaît qu'assurer une éducation équitable et un apprentissage de qualité pour tous, tout au long de la vie, d'ici à 2030, constitue un défi encore plus ardu à relever. C'est pourquoi, elle a noté la nécessité d'une nouvelle vision holistique et intersectorielle de l'apprentissage qui reconnaît, valorise, mobilise et met en synergie toutes les ressources formelles, non-formelles et informelles d'apprentissage qui prennent en compte les aménagements des différents environnements de vie, de travail et de loisirs pour l'apprentissage tout au long de la vie ; les passerelles entre les diverses filières formelles, non-formelles et informelles, y compris l'apprentissage traditionnel et l'intégration des nouvelles technologies.

Outre la note d'orientation, la 56e Session ministérielle a adopté le relevé des décisions et des recommandations. Comme l'a noté le ministre de l'Enseignement fondamental et de l'Alphabétisation du Tchad lors de la cérémonie officielle d'ouverture, « seul le suivi efficace de la mise en œuvre des recommandations, la mutualisation des efforts et la mobilisation des ressources ainsi que le respect des engagements des États et gouvernements membres, nous permettront de relever les défis d'une éducation de qualité au service du développement de nos pays».

Un nouveau mandat pour M. KI Boureima Jacques

La 56e session ministérielle s'est déroulée au moment où la communauté internationale prépare les Objectifs de développement durable. Elle est également au carrefour de plusieurs défis et enjeux de l'évolution de nos systèmes éducatifs. Elle contribuera à porter la vision et la spécificité francophone lors de la prochaine Conférence mondiale sur l'éducation qui se tiendra en mai 2015 à Séoul, à travers des propositions pertinentes, courageuses, réalistes et réalisables qui mèneront vers des politiques éducatives transformationnelles.

La ministérielle d'Abidjan a été marquée par le passage de témoin entre le président en exercice sortant, le ministre de l'enseignement fondamental et de l'Alphabétisation du Tchad et la nouvelle présidente en exercice, la ministre de l'Éducation nationale et de l'Enseignement technique de Côte d'Ivoire.

La Conférence ministérielle a reconduit M. KI Boureima Jacques, comme Secrétaire général de la CONFEMEN, pour un nouveau mandat de quatre ans.

Rendez-vous a été pris pour la 57e Session ministérielle qui se tiendra en 2016 au Gabon.