Il faut tout un monde pour éduquer le citoyen du village planétaire

Point de vue d'Antoine Bi Mian

La fin de l’année 2010 et le début de l’année 2011 a mis en exergue le rôle crucial que peut jouer des réseaux sociaux dans une situation politique ou de crise dans un pays. En effet, à la faveur des dernières élections présidentielles qui ont eu lieu en Côte d’Ivoire, si les réseaux sociaux ont été utilisés comme outil de communication par les leaders politiques, la société civile les a utilisés à des fins de mobilisation sociale.



Avant et pendant la campagne des présidentielles, chaque candidat en plus de sa présence sur le terrain avait assuré sa présence sur la toile avec des sites web et des pages sur les réseaux sociaux tels facebook et twitter. Une étude de nos études (qui a déjà fait l’objet d’un billet sur ce blog), qui portait sur la place de Facebook dans une élection présidentielle a montré que même si ce réseau social n’influençait pas le vote des utilisateurs, il leur permettaient par contre de se faire une idée de la situations et cela grâce aux informations dont il pouvait disposer grâce aux différents posts sur Facebook.

Si les réseaux sociaux ont permis aux politiciens de se faire remarquer sur Internet, ils ont aussi permis à la société civile de se mobilier afin de prendre une part active dans ces élections. En effet, de la présidentielle de 2010 jusqu'à l'arrestation du président sortant le 11 avril 2011, les réseaux sociaux ont été mis en profit dans la mobilisation citoyenne, et plus récemment dans l'aide humanitaire en Côte d'Ivoire. Toutefois, si l’utilisation des réseaux sociaux par les politiciens semble entrer dans une stratégie communicationnelle, telle n’est pas le cas pour l’action sociale. L’usage de ces outils pour la mobilisation sociale semble un acte spontané pour répondre à une demande ou faire face à un problème sociale.

Ainsi, dès le début de la campagne, l'ONG Akendewa1 a initié sur Twitter le hashtag #civ2010 « qui permettait d'échanger des informations sur la campagne, sur les candidats, sur le déroulement du scrutin et sur les résultats ». Ce hashtag spontané semble répondre à un besoin social : l’absence d’un cadre d’échange des utilisateurs de twitter sur l’organisation, le déroulement de la campagne et la proclamation des résultats de l’élection présidentielle ; chose qui n’avait pas été prévue par la Commission Electorale Indépendante (CEI), l’organe en charge de l’organisation de la dite élection.

Suite au conflit postélectoral, et devant l’ampleur de la crise humanitaire qu’elle a occasionnée, cette même ONG a initié le hashtag #civsocial qui, couplé à un profil facebook CIVSOCIAL et un call center situé à Accra au Ghana a permis de porter assistance à bien de personnes nécessiteuses, et alerter les forces de l’ordre en cas de pillage. En l’absence de toute assistance organisée, dans les touts premiers jours des affrontements dans la ville d’Abidjan, #civsocial a semblé répondre à une demande sociale, celle d’organiser un réseau de solidarité, d’entraide et de secours aux personnes dans le besoin.

Et pour accompagner les nouvelles autorités dans la réconciliation et la reconstruction, le hashtag #civnext, en référence à la future de Côte d’Ivoire au sortir de cette crise, a été initié pour recueillir les avis et propositions des utilisateurs des réseaux sociaux pour la reconstruction d’une nouvelle nation. Comme #civ2010, #civnext donne aussi un cadre d’échange et de réflexion aux utilisateurs des réseaux sociaux afin d’apporter des idées neuves pour la reconstruction.

A ces initiatives, l’on pourrait ajouter que cette même ONG a constamment fait usage de ces réseaux sociaux pour une mobilisation en faveur des actions à caractère social comme des opérations « Don de sang » au Centre Nationale de Transfusion Sanguine d’Abidjan.

Ces différents exemples d’usage des réseaux sociaux dénotent d’une appropriation de ces outils par des internautes ivoiriens d’une part. D’autre part, ils mettent en évidence le rôle que peut jouer ces outils dans la mobilisation sociale.

L’internet, généralement ludique en Côte d’Ivoire, semble devenir un outil de mobilisation au service de l’action sociale grâce à des usages innovants des réseaux sociaux par des internautes Ivoiriens. Il appartient aux nouvelles autorités de prendre la pleine mesure de cette nouvelle donne et de faciliter, par des mesures incitatives, un usage effectif de cet outil dans toutes les sphères de la société, notamment dans le secteur de l’éducation et de la formation.

Note
1- http://www.cursus.edu/?module=document&action=get&uid=72221